"Les élèves français tout juste dans la moyenne. La France peut mieux faire pour ses élèves, qui reculent encore dans le classement de l'enquête internationale sur les savoirs acquis en sciences, en maths et en compréhension de l'écrit."

Voici ce que l'on peut lire sur le site de Libération (voir l'article), qui cite l'étude "Pisa" menée par l'OCDE. Cette étude est effectuée à intervalles réguliers sur les élèves de 15 ans. De cette étude, il ressort que la France est 19ème sur 30 pour les sciences en général et 17ème sur 30 en mathématiques (mais les mathématiques sont-elles une science ? Je ne débattrai pas sur ce sujet dans cette note!)

Cette enquête est décrite sur le site de l'OCDE, http://www.oecd.org/document/31/0,3343,fr_2649_201185_397.... L'OCDE n'étant pas une association à but humanitaire, si vous voulez le rapport original, il faut payer.

Ben oui, nous l'avons bien cherché: à force de procéder à des réformes débiles sans queue ni tête, à force de faire inspecter les instits et les profs par des inspecteurs qui n'ont pas mis les pieds dans une salle de classe depuis 10 ans, à force de faire rédiger les programmes de physique de 5ème par des types sortis de Normale Sup, pour qui le monde tangible n'est que la manifestation émergente du principe d'exclusion de Fermi-Dirac et qui ont sans doute les plus grandes peines du monde à utiliser la fonction d'onde de Schrödinger pour faire tourner la clé dans la porte de leur appartement, nous y sommes arrivés.

Ce résultat dont la France n'a pas vraiment à être fière a été obtenu de haute lutte, par le biais d'un processus de sélection et de discrimination sociales terriblement efficace:

  • les élites françaises ont fait des sciences (et plus particulièrement des mathématiques) un instrument de sélection sociale, en faisant un filtre extrêment efficace du pouvoir via l'accès aux grandes écoles; il suffit de prendre pour exemple l'Ecole Polytechnique, qui mène à tout, sous la seule condition qu'on en sorte, mais à la politique et aux hautes fonctions de direction principalement. Claude Allègre, le Georges Frêche de l'Education nationale, râlait récemment qu'aucun élève de Polytechnique n'avait voulu embrasser de carrière scientifique lors de la sortie de la dernière promotion. Dis donc, Toto, tu es hypocrite ou demeuré?

  • dans un même temps, on nous a expliqué, pendant plus de 20 ans, que celui qui travaillait de ses mains (Ex. le plombier, le boulanger, etc.) n'avait rien à espérer dans la vie et que la condition sine qua non de la réussite était la sacro-sainte première S et le sacro-saint bac C (le Graal des années 80), qui seules pouvaient mener à une carrière de gloire et de lumière;

  • les mêmes qui nous expliquaient cela (et qui avaient eux-mêmes suivi ces filières) se pervertissaient dans l'intervalle à la direction des grands groupes industriels, dans la politique ou la finance, montrant à l'occasion leur virtuosité dans le traficotage de listing informatique, mais passons;

  • en parallèle, tout au long des années 80, la même gauche qui avait, en temps et heure, milité pour l'instruction des masses laborieuses, tendait son arrière-train à des ruffians de grand chemin comme l'inimitable (et inimité) Bernard Tapie, devenu ministre d'un gouvernement (soi-disant) socialiste en achetant un club de foot, et avec lui une ville tout entière, grâce à l'argent qu'il avait gagné en rachetant des entreprises en diffulté et en lourdant ses ouvriers;

  • et maintenant, les jeunes, que l'aridité des matières scientifiques et le caractère hautain de ceux qui les enseignent a fini par dégoûter, préfèrent les études de gestion ou d'économie, persuadés qu'ils sont de gagner bientôt 3000 euros par mois en travaillant 6 heures par jour dans une banque. De nos jours, travailler est devenu honteux, la seule vertu étant de faire du pognon.

Maintenant, ces jeunes, je les récupère en école d'ingénieur, à Bac + 3. Ils ne savent plus faire une règle de trois. Ils ne savent plus calculer l'aire d'un triangle ou d'un trapèze, parfois même pas celle d'un cercle. Avant, on savait ça après la 5ème. Maintenant, je dois le leur apprendre quand ils ont 21 ans. Pourtant, je continue de les "vendre" aux employeurs comme les meilleurs de leur génération. Et le pire, c'est que c'est presque vrai. Ce sont ces étudiants, qui ne savent pas calculer le volume d'un cylindre, qui vont faire les calculs de conception des réseaux d'eau potable, des réseaux d'assainissement, des stations d'épuration de vos villes. J'ai plein d'anciens élèves qui travaillent chez Veolia, Saur, Degrémont...

Ils ne savent plus rien faire? Ce n'est pas grave, prétendent la moitié de mes collègues: leur boulot ne sera pas de faire les choses, mais de les faire faire aux autres. Eux, ils aligneront les chiffres dans une feuille Excel pour estimer le coût des projets et passeront un jour directeurs de filiale. Comme me le disent mes collègues, "tu crois que leurs chefs comprennent mieux qu'eux comment coule la flotte" ? Merci les gars, sacrée consolation.

Vous avez peur? Moi aussi.